Quelles sont les véritables ruptures de ces dernières années dans la gestion ? C'est à cette question que les organismes réalisant les classifications tentent de répondre quand ils modifient leurs nomenclatures, véritables serpents de mer de la gestion collective.

Un projet de rapport sur la transposition de la directive européenne AIFM (Alternative Investment Funds Managers) récemment soumis à consultation prévoit de créer une nouvelle catégorie de fonds : les Fonds d'investissements alternatifs (FIA, selon leur acronyme provisoire), amenés à cohabiter avec les fonds coordonnés relevant de la directive opcvm.
Mi-juin, c'était au tour du spécialiste de la mesure de performance europerformance d'ajouter quatre nouvelles familles de classes d'actifs à sa classification, qui en compte désormais 10.
L'EFAMA, l'organe représentatif de la gestion collective européenne, a parallèlement émis une recommandation sur la définition et la classification des fonds monétaires.
Quoi de commun entre toutes ces annonces ? Chacune à leur façon, elles traduisent une tentative, forcément imparfaite, de suivre l'évolution de la réalité du secteur.
Mais gare aux généralités.
Car à l'instar de toute tentative de catégorisation, les nomenclatures de fonds reflètent avant tout la vision du monde de leurs promoteurs, la diversité des objectifs visés et à quels types de publics elles s'adressent.
Il existe trois grands types de classement.
Le premier est proposé par les régulateurs nationaux, tels que l'AMF en France.
Leur but est de définir un cadre suffisamment large pour les promoteurs et d'apporter aux investisseurs les informations sur les risques associés aux instruments financiers.
Ces classements, fondés sur la recherche du plus petit dénominateur commun entre plusieurs dizaines de milliers de fonds, ont un objectif strictement règlementaire (rédaction des prospectus, limitation des investissements pour certaines catégories d'investisseurs réputés non avertis.
) et répondent avant tout à une logique de protection des porteurs de parts.
Un deuxième type provient d'organismes privés internationaux.
S'y côtoient notamment Morningstar et Lipper.
L'objectif est ici d'identifier les facteurs discriminants pour parvenir à une segmentation plus fine, elle permet d'offrir une base de comparaison et d'appréhender la diversité du marché.
Toutefois, la nécessité d'être lisible par tous les types d'investisseurs, partout dans le monde, impose à ces organismes de créer des catégories suffisamment larges pour dépasser les spécificités culturelles et règlementaires ou fiscales propres à chaque pays.
Avantage : ces nomenclatures peuvent être utilisées comme des outils de promotion, pour les sociétés de gestion, qui peuvent se prévaloir de repères lisibles en dehors des frontières de leur marché domestique.
Inconvénient : ces catégories montrent leurs limites pour refléter les particularismes nationaux.
D'où l'intérêt également des nomenclatures centrées sur un pays de commercialisation, telles que celle d'europerformance en France.
Ici aussi exploitables sous la forme de bases de données consultables, de palmarès, ou encore de prix, celles-ci offrent des catégories plus en phase avec les habitudes des investisseurs locaux, auxquels ils apportent de véritables outils d'aide à la décision.
Cette réalité revêt une dimension fiscale (ex : éligibilité au PEA, à un contrat d'assurance vie ou non), une dimension d'usage (une plus grande visibilité entre les produits sur la distribution ou l'accumulation des revenus chère aux Britanniques), ou encore une dimension règlementaire (ex : les fonds ARIA à effet de levier en France).
A la différence des classements internationaux, les systèmes nationaux privilégient donc dans leur approche les attentes des investisseurs finaux (et non plus uniquement celles des promoteurs des fonds).
Elles se prêtent plus aisément à une communication vers les média et le grand public, à travers les différentes manifestations auxquelles elles fournissent un support de données et techniques, elles renforcent la connaissance des investisseurs sur les mérites de la gestion collective.
Chaque année, plusieurs centaines de fonds sont lancés et proposés à la vente.
Pour les promoteurs, le classement des fonds est un élément qu'ils se doivent d'intégrer dans leur stratégie produit.
En effet, la visibilité dans les classements est un atout commercial primordial, peu prégnant au démarrage du fonds, elle prend au fur et mesure que le « track record » de performance se construit une importance de plus en plus importante dans l'argumentation produit.
Cette création ininterrompue et la nécessité de refléter la réalité du marché poussent les promoteurs de nomenclatures, qu'ils soient privés, publics ou associatifs, à se remettre sans cesse en question.
Confrontées aux conséquences de la crise, à l'apparition de nouveaux outils financiers et à des pressions concurrentielles croissantes, les promoteurs de fonds ne cessent d'inventer de nouvelles méthodes, de nouveaux montages, de nouveaux « packagings ».
Mais voilà.
Les innovations marketing sont beaucoup plus nombreuses que les innovations d'usage.
Car en effet, quelles sont les véritables ruptures de ces dernières années ? Les fonds thématiques, les fonds diversifiés flexibles, autre nom des fonds profilés du début des années 2000 ; non bien-sûr, là nous sommes surtout dans l'invention marketing, même si ces nouvelles recettes bénéficient de quelques avancées scientifiques et industrielles.
A l'inverse, les fonds dits de performance absolue, qui bénéficient des méthodes de la gestion alternative dans le cadre UCITS III, les fonds structurés, fruits de l'immersion des BFI dans la gestion d'actifs, ou encore les ETF, qui sont les premiers bénéficiaires de la crise en proposant à une clientèle institutionnelle un « cheap béta », en abaissant les frais de gestion et en facilitant les arbitrages ; ces innovations constituent en soi de véritables ruptures pour les investisseurs.
Tout l'enjeu, pour les acteurs de ces classements, consiste donc à distinguer les ruptures d'usage du seul marketing produit.
Cette distinction est d'ailleurs la raison pour laquelle les révisions de nomenclatures sont rares et constituent en soi des événements de place.
Leurs promoteurs doivent prendre le temps de constater si une évolution est durable ou non.
Si elle est justifiée ou non.
Si des changements sont régulièrement nécessaires, la parcimonie de ces changements ne l'est donc pas moins.
C'est même une condition pour garantir la pertinence et la représentativité sur le long terme de ces outils, dont la remise en question exige recul et discernement.
Le temps des mesureurs de performance n'est pas celui du marketing et de l'ingénierie.
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